ciels dénués

Couv. & mise en page : Atelier Dernières barques

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tous deux

voyons tout



sauf



les constellations apprises

17.5 x

24.5 cm,

64 pages,

18 €

ISBN : 979-10-986362-1-9

Présentation

ciels dénués est le troisième livre-poème de Nicolas Millet après reprendre, haleine (Harpo &) et Maison de Lumière (atmen), tous deux publiés en 2022. Comme dans ces deux précédents livres, son écriture est entièrement spatialisée sur l’espace de la page (et même de la double-page), dessinant une filiation avec le poème typographique de Mallarmé Un Coup de Dés jamais n’abolira le Hasard. Loin toutefois de l’hermétisme de ce dernier, ciels dénués, placé sous l’égide d’Emily Dickinson, dont une citation, tirée d’une lettre à son frère, est placée en exergue, est un livre qui met résolument l’accent sur l’émotion propre au vécu singulier, que le dispositif formel permet simultanément de mettre à distance, d’abstraire, de rendre partageable et d’ouvrir sur d’autres échos possibles.

À partir de l’évocation d’un moment partagé à deux, la nuit sur un toit, à regarder les étoiles, le livre déploie une lente méditation sur le ciel, sensible et polyphonique (de nombreuses citations, plus ou moins cachées, de poètes comme Nerval, Verlaine, Hopkins, Celan, et tout particulièrement Rimbaud, sont tissées dans la matière même du poème), où l’intime et l’histoire poétique se conjuguent pour former un objet d’une grande beauté visuelle – et d’une profonde humanité.

Le ciel y fonctionne comme une figure de l’échappée hors des systèmes dans lesquels on s’enferme, mais aussi comme un point de référence en commun, qui bien qu’apparemment dépouillé des contingences humaines, permet par contraste de projeter des aspects essentiels de notre expérience terrestre – tels que le passage du temps et le rapport à l’autre – ainsi que le bruit du monde et les menaces qui ne cessent d’y gronder.

En une utilisation constamment inventive de la page et des diverses ressources typographiques, le livre joint le geste à la parole, dès lors que les mots – et jusqu’aux signes de ponctuation – en viennent à fonctionner non seulement en eux-mêmes, mais par leur placement les uns par rapport aux autres dans l’espace, dessinant ensemble une grammaire – voire une géographie – extrêmement matérielle du sens.

Cette attention accrue à la littéralité du texte, en plus de générer sa propre dramaturgie, qui relève moins du calligramme au sens strict que d’une pratique plus générale de l’espacement, produit ce que l’on pourrait appeler un véritable lyrisme typographique, tant ce qui se joue dans ce livre, tout en plaçant son unité à un autre niveau que celui du vers, ne se refuse pas à ce qui dans la poésie cherche à se faire chant – et adresse –, bien au contraire. Seulement, c’est par d’autres moyens, plus matériels, qu’elle y parvient, offrant une parole ténue, ouverte sur le silence qui la sous-tend et sur le fond duquel elle parvient à s’arracher.

De fait, cette spatialisation, remarquable pour la diversité des effets qu’elle rend possible, n’est pas démonstrative pour autant. Le dispositif formel, d’une grande délicatesse, reste sobre et contrôlé, allant plutôt vers le souci du détail, l’arrêt sur image, l’irréductible matière de laquelle le sens surgit, mais seulement en second lieu.

Cela donne un livre qui réclame de la patience de la part de ses lecteurs, de laisser leur place à ces blancs où il ne se passe a priori rien, mais qui apportent au texte son lieu de résonance, à partir duquel un sens plus vaste que celui des dictionnaires peut se mettre en mouvement.

Dans cet espace à l’articulation de la signification et de la matière, le ciel qui donne, au pluriel et dépouillé de tout attribut divin, son titre à ce livre, offre la possibilité de donner à réentendre, hors de toute théologie, les figures de l’envol, de la lumière ou encore de l’invisible – fonctionnant comme un horizon pour lire le reflux des transcendances imposées, mais aussi un miroir où se reflètent celles qui se trouvent tout près de soi, à portée de main, et échappent, échappent.

Si la matière insiste et fait retour, irréductible dans sa singularité toujours située, les ciels dénués de Nicolas Millet, aussi vastes soient-ils, forment un espace où se donne paradoxalement à ressaisir l’attention au plus proche et la transcendance de toute chose vivante par rapport à la prise que l’on pourrait prétendre avoir dessus – et surtout de ce qui est peut-être le véritable revers de la parole : l’autre.

Ou, pour le dire avec María Zambrano : « Et ce doit, ce devrait toujours être la vie qui triomphe heureusement lorsque l’être vivant retombe de ses cieux immédiats. Il ne verra pas s’éteindre tout à fait en lui cette étincelle d’une sorte de céleste condition charnelle ou corporelle. »